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L’autoconsommation : émergente en France, très courante en Allemagne


Le réseau électrique français, très centralisé avec une prédominance de la production nucléaire (72,3% du mix national en 2016), se trouve confronté à d’importants défis face à l’intégration croissante d’unités de production décentralisée, dont certaines (principalement des panneaux photovoltaïques) assurent une autonomie partielle à des « autoconsommateurs ».


France : une pratique récente en plein développement En 2016, environ 40% des demandes de raccordement pour les foyers s’équipant de panneaux photovoltaïques étaient concernées par l’autoconsommation d’après les données d’Enedis, une proportion amenée à « augmenter sensiblement » cette année selon le gestionnaire du réseau de distribution. Le nombre total d’installations photovoltaïques en autoconsommation varie sensiblement, selon que l’on considère celles connectées ou non au réseau électrique ou si l’on prend en compte le micro-photovoltaïque intégré aux nouvelles constructions, indique Richard Loyen, délégué général d’Enerplan (syndicat des professionnels de l’énergie solaire). Selon ses estimations, près de 40 000 installations, toutes formes et puissances confondues, pouvaient au total être comptabilisées en « autoconsommation » à fin 2016.


Un cadre « assez incitatif » pour l’autoconsommation L’arrêté tarifaire du 9 mai 2017 fixe, pour les installations photovoltaïques en autoconsommation implantées sur bâtiments, un tarif de rachat des surplus d’électricité injectés sur le réseau de 10 centimes d’euros par kWh pour les unités de 9 kWc ou moins (6 c€/kWh pour les autres installations jusqu’à 100 kWc de puissance). Ces tarifs d’achat sont bien inférieurs à ceux prévus dans le cadre d’une revente « totale » de l’électricité produite par une installation photovoltaïque (18,7 c€/kWh pour des installations de moins de 3 kWc sur bâtiment).

Des primes à l’investissement sont toutefois également prévues pour les installations en autoconsommation, allant jusqu’à 400 euros par kWc dans le cas de dispositifs de puissance inférieure ou égale à 3 kWc (l’arrêté du 9 mai supprime aussi l’obligation d’intégration au bâti). Ces installations sont par ailleurs connectées au réseau gratuitement, au contraire des sites revendant l’intégralité de leur production, rappelle Richard Loyen.

La loi du 24 février 2017 a parallèlement apporté un cadre juridique à l’autoconsommation dite « collective », impliquant plusieurs producteurs ou consommateurs, par exemple au sein d’un éco-quartier. Richard Loyen juge ce cadre globalement « assez incitatif » pour le développement de l’autoconsommation sous ses différentes formes. Si cette pratique est encore émergente en France, elle bénéficie d’un intérêt croissant. En mai 2016, alors que l’autoconsommation était moins médiatisée, près de 47% des Français se disaient déjà prêts à investir dans une installation solaire en autoconsommation selon un sondage d’OpinionWay.

Bien qu’encore émergente, l’autoconsommation pousse à s’interroger sur la future place du réseau électrique et de sa rémunération pour les différents services rendus (en particulier la garantie d’un approvisionnement sûr en continu), dont profitent toujours les autoconsommateurs.


Allemagne : l’autoconsommation à grande échelle En Allemagne, l’autoconsommation compte aujourd’hui pour environ 5% de la consommation électrique annuelle (environ 3 TWh sur 600 TWh)(7). « Il est aujourd’hui considéré que la totalité du parc photovoltaïque résidentiel (environ 8 GWc) participe à l’autoconsommation », indique Sven Rösner, directeur de l’Office franco-allemand pour la transition énergétique (OFATE). Au total, près de 1,5 million de foyers sont équipés de systèmes photovoltaïques en autoconsommation (sans compteur communicant, contrairement aux nouveaux autoconsommateurs français avec Linky). Le taux d’autoconsommation avoisinerait 20% en moyenne chez ces particuliers.

L’autoconsommation est aujourd’hui « le premier argument de vente » de dispositifs photovoltaïques auprès des particuliers, explique Sven Rösner. Pour rappel, les foyers allemands paient leur électricité en moyenne environ 70% plus cher que leurs voisins français. Face aux prix élevés de l’électricité provenant du réseau (26 à 28 c€/kWh) et avec des tarifs d’achat en forte baisse (12,21 c€/kWh pour une nouvelle centrale photovoltaïque de moins de 10 kWc), les ménages sont fortement incités à l’autoconsommation.

En Allemagne, la « parité réseau » (coût de production du kWh autoproduit inférieur ou au plus égal au coût total du kWh soutiré du réseau) aurait été atteinte dès 2009 pour ce type de centrales, précise Sven Rösner. Pour les ménages français, « le calcul économique n’est, dans la situation actuelle, pas comparable à celui des particuliers allemands », constate ainsi le directeur de l’OFATE.

En matière de réseaux de distribution, la France et l’Allemagne bénéficient toutes deux d’une excellente infrastructure, offrant une flexibilité indispensable pour l’intégration du photovoltaïque décentralisé, juge Sven Rösner. Confrontés à des pics de production intermittente, les gestionnaires de réseaux de distribution allemands (qui sont plus de 900 outre-Rhin) doivent faire preuve d’une gestion plus « intelligente » des flux d’électricité, avec notamment des solutions innovantes de stockage. Selon Sven Rösner, ces expériences peuvent « permettre de démontrer que des solutions existent pour l’intégration de fortes concentrations d’énergies renouvelables », malgré l’ampleur du défi annoncé.


Extrait de Connaissance des Energies